Les fantômes numériques : enquête sur l'épidémie mondiale des deepfakes sexuels
Des milliers de personnes — célébrités, anonymes, même des défunts — se retrouvent chaque année dans des vidéos pornographiques qu'elles n'ont jamais tournées. Le deepfake sexuel est devenu l'une des formes les plus répandues de violence numérique.
Une technologie devenue accessible à tous
Il suffisait, il y a cinq ans, de quelques dizaines d'heures de calcul et d'une expertise technique avancée pour produire un deepfake convaincant. Aujourd'hui, des applications grand public permettent de le faire en quelques minutes, avec n'importe quel visage extrait d'un profil Instagram ou Facebook.
Les femmes sont les cibles principales — à plus de 90 % selon les études disponibles — mais les hommes publics et les minorités sont aussi touchés. Dans certains cas, les vidéos sont utilisées pour du chantage ; dans d'autres, elles servent simplement à humilier ou à harceler.
Le droit à la traîne
La plupart des pays ne disposent pas encore de législation spécifique criminalisant les deepfakes pornographiques non consentis. La France a adopté en 2024 des dispositions dans le cadre des lois sur la cybersécurité, mais leur application reste difficile face à la vitesse de diffusion des contenus et à l'anonymat des auteurs.